28 février 2007
Bonne année cochon de feu qui s'en dédit!
Bonne et heureuse année sino-tibétaine!
Une amie du blog m'envoie cela pour nous tous.
Cette année est celle du cochon de feu, c'est tout un programme!
« À chevaucher et maîtriser » , dirait avec malice la Déesse Susy (autre personnage à présenter bientôt), année de caractère donc et de transmutation. Pas de souci: « dans le cochon tout est bon! » comme disent les tantriques dont nous sommes...
Avec un sourire et dans le partage avec tous ceux qui ne vivent pas forcément dans le même calendrier que nous , « étranges étrangers et nos frères pourtant » Bonne année tous les jours, présence à chaque instant: que vive la Vie!
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16 février 2007
Parole d'archange
Bien aimé(e), Ton chemin
Tu le traces à chaque instant
A chacun des pas que tu fais d’un pied parfois hésitant,
A chaque parole qui décide des couleurs de ta vie,
A chaque geste, chaque mouvement, chaque posture de ton corps créateur, réceptacle, émetteur tout autant,
A chacun des actes que tu choisis et poursuis,
A chaque rencontre où vibre le cœur fraternel,
A chaque souffle qui te bénis,
A chaque plume irisée de tes ailes de lumière.
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24 janvier 2007
Pensée Ayaladompa
En relation avec le stage à Lyon en mars:
« C’est vous qui ouvrez en vous les portes
de la plus splendide Humanité, de l’Infini.
C’est vous qui décidez que se laissent dénouer
les chaînes qui l’emprisonnent.
C’est vous qui levez l’ancre et acceptez que
s’éloignent de vous les rivages de vous les mieux connus.
C’est vous qui vous laissez porter
par le Souffle de l’Esprit.
La démarche et la quête sont libératrices
ou elles ne sont pas. »>
Ayaladompa
Clara MONTELLO, Paroles D’Eveil
Editions Michel Jonasz
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16 janvier 2007
Pensées de AYALADOMPA et Jacques Salomé
Dire Non
Dans vos courriers certains ramènent ce thème essentiel.
Pour nourrir la réflexion et susciter vos commentaires (il suffit de cliquer sur ce mot en bas de page), voici un petit extrait d' AYALADOMPA (page 142, Le Fil de Soi) . Il concerne la liberté de buter soi-même.
L'autre extrait de Salomé est plus étroitement lié à la pédagogie, mais on peut le relire avec profit et extrapoler.
Michèle
« Si vous dites non, dites non, dites non pleinement. Assumé librement, « non » libère un extraordinaire pouvoir fécondant. Il affirme haut et fort que vous Etes. Il vous fait accoucher de vous immédiatement. Il est signe de votre croissance, en somme !
Mais soyez vigilants : le pas à franchir n’est que reporté, immanquablement reporté. N’oubliez pas : une épreuve ne survient jamais à n’importe quelle étape de votre parcours.
Confiance ! Confiance ! Ce n’est pas un terme creux. C’est une réalité qui se nourrit de la vie, la vôtre.
AYALADOMPA
« Prière d’un enfant à sa mère et à son père
Maman, papa,
je vous en supplie,
ne me laissez pas croire que mes désirs sont tout puissants...
Maman, papa,
je vous en prie
prenez le risque de me frustrer et de me faire de Ia peine
en me refusant certaines de mes demandes...
Maman, papa,
c'est important pour moi que vous sachiez me dire non.
que vous ne me laissiez pas croire
que vous pouvez être tout pour moi, et que je peux être tout pour vous...
Maman, papa,
surtout, entendez mes désirs, mais n'y répondez mas tout de suite
en les satisfaisant trop vite vous risqueriez de les assassiner.
confirmez-moi que j'en ai, et qu'ils sont recevables, ou irrecevables,
mais ne les prenez pas en charge à ma place.
Maman, papa,
s'il vous plaît, ne revenez pas trop vite sur un refus,
ne vous déjugez pas, pour que je puisse ainsi découvrir mes limites
et avoir des repères clairs.
Maman, papa,
même si je réagis, si je pleure,
si je te dis à toi, maman « méchante et sans cœur »
reste ferme et stable cela me rassure et me construit.
si je t'accuse toi, papa, « de ne rien comprendre »
ne m'enferme pas dans mes réactions.
Maman, papa,
même si je tente de vous séduire, résistez,
même si je vous inquiète, ne vous soumettez pas,
même si je vous agresse parfois, ne me rejetez pas.
c'est comme cela que je pourrai grandir.
Maman, papa,
vous dire aussi, à chacun, que je ne suis que votre fils, votre fille. »
Jacques Salomé « Heureux qui communique » - Editions Albin Michel
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09 janvier 2007
Pensée de Manu di Bango
On ne peut pas peindre
du blanc sur du blanc,
du noir sur du noir.
Chacun a besoin de l'autre
pour se révéler.
Manu di Bango sur Wikipedia
Site officiel de Manu di Bango/
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03 janvier 2007
Pensée poème de François alias Jules
« A l'orée
de la conscience
il y avait un écueil ,
tant de brumes y siégeait
que l'on n'y pensait goutte
mais au regard profond
du coeur
n 'existait point de sens,
hormis une singulière douceur ;
de celle qui est souhaitable
pour cheminer la route". »
Retournement possible:
« A l'or de la conscience
se tient un écureuil
Tant de lunes ont passé
depuis qu'il se transmute
mais au regard profond
du coeur
frémissent tous les sens
sa réserve de plomb
et son lourd malheur
il les cuit au creuset
d'une ardeur
qui le dépasse
et le fait danser »
12:05 Publié dans Pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pensée, poéme
31 décembre 2006
Pensée de Khaïang
KHAÏANG - (maître cité dans Le Fil de Soi, page 44)
ENTRE PEUR ET AMOUR
« Qu’ils semblent donc complexes, les rouages de votre cœur !
Entre désir d’Amour, de l’amour le plus grand, et enfièvrement de peur, de la plus grande peur, sans fluidité vous oscillez...
Le désir...
Le mouvement qui anime le Voyageur s’accomplit dans le désir du Meilleur. Du Meilleur de Soi, et non seulement du Meilleur pour soi. Du Meilleur de Soi, du Meilleur en TAT, début et fin unis en l’Un, cycle de l’éternel renouvellement.
Ce désir, votre âme vous offre la possibilité de l’exprimer. Elle vous propose d’en vivre la force. Elle vous propose de re-venir à votre source première. Elle vous en suggère le chemin, vous ouvre au plus stimulant voyage. Elle murmure simplement que c’est à vous, vous seul, corps et esprit tout entiers investis, pleinement ouverts au dialogue avec l’âme, qu’il convient de le re-connaître. Elle n’impose aucun parcours obligé. »
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30 décembre 2006
Pensée d'Annick de Souzenelle et Madhuri
Plusieurs savent que je suis allée avec bonheur retrouver Annick De Souzenelle en stage vers Crozon.
J'y ai goûté comme il y a 28 ans sa parole de feu (elle a maintenant 84 ans!)
et découvert un lieu où se ressourcer: Le Guerveur ( voir ci -dessous ).
En partage ce préambule du livre : l'arc et la flèche. On y retrouve ce qui nous unit dans le désir ardent et la patience infinie... En complément le lieu qui s'appelle maintenant la Traverse.
En écho la pensée de demain : une parole de Khaïang.
L'Éros, son Nom
Comment parler avec les mots appauvris de notre langage de ce qui relève du Verbe ?
Car il relève du Verbe, il relève du divin, celui que nous appelons l'Éros !
Comme un fleuve de feu, il prend sa source dans le Rien.
Il s'écoule avec une impétuosité torrentielle pour s'engouffrer dans les râles du désir, dans l'exaltation des ravissements, puis s'apaiser, se meurtrir aux rochers des ruptures, s'enliser dans les sables des chagrins, passer au filtre des alchimies les plus mystérieuses puis revenir à sa source première, Rien !
Anéantissement sous la chape de plomb des échecs ? Oui, souvent !
Mais parfois aussi or pur des ivresses muettes qu'une divine étreinte accorde à la chair Une recouvrée !
Quel autre nom donner à ce fleuve de vie qui court dans mes membres comme dans la plus humble fleur, qui fait chanter le vent et briller les étoiles ?
Quelle que soit sa rugosité ou sa tendresse, qu'il se nomme philia ou agapé, il est l'éros. Éros, philia et agapé sont trois termes du langage chrétien, empruntés au grec, qui expriment l'amour ; en ordre croissant, ils sont relatifs à des niveaux de conscience, donc d'expérience, différents selon l'évolution de l'être.
Philia évoque un amour-amitié ; agapé est une tendresse dénuée de tout attachement, de toute possessivité, un amour purifié. Mais éros est l'amour, et tout est dit de lui si l'on sait que le dieu de la mythologie grecque qui lui donne son nom «(Il) est éclos, selon certains, de l'oeuf primordial... il n'a eu ni père, ni mère... il volait avec ses ailes d'or, tirait ses flèches au hasard et embrasait cruellement les coeurs avec ses traits redoutables ».
À cette lumière, Éros, premier des dieux et tireur d'arc, embrasse la totalité de l'expérience amoureuse ; et l'éros n'est, en profondeur, qu'une seule flèche qui, si dévoyée soit-elle au départ de nos vies, peut à chaque instant retrouver la voie de sa juste cible, son axe créateur, qui l'appelle..., nous le verrons.
De la danse nuptiale la plus archaïque dont il fait déferler les ondes jusqu'au sommet poignant de la chasteté, son divin toucher traduit ses mutations, mais il reste l'éros. Du rire suffocant, allant se perdre dans la béance qu'il creuse au ventre, aux larmes salées recueillies aux coins des lèvres douloureuses, il est l'éros.
De ces larmes à l'immersion totale dans le feu de leur sel et de l'adoration, il est l'éros.
De la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, du germe nidifié au secret du sein
maternel jusqu'au «turban royal dans les mains de son Dieu», tel un serpent de bronze, il jaillit et certes change de couleur dans ses différents enroulements, mais il reste l'éros.
Son nom sonne le carillon de sa fête.
Je ne saurais en éteindre le chant...
Guerveur ou l'art de vivre en poésie
« Je me souviens que précaire signifie « qui ne tient que par la prière »
Alors Guerveur est un lieu précaire, dans le plus beau sans du terme !, plaisante Georgette Tonnelier. fondatrice de l’association Sol bémol. Au pied du Menez Hom et de la presqu’île de Crozon, ancré sur la lande bretonne du Finistère, ouvert sur la baie de Douarnenez, voici Guerveur. Un lieu où, depuis 1995, des centaines de chercheurs, assoiffés de sens et de poésie, de philosophie, de théologie et de psychanalyse sont venus retrouver leurs forces et partager leurs trésors, dans l’intimité d’une ancienne demeure en pierre : Lytta Basset, Annick de Souzenelle, Mona Ozouf, Edgar Morin, Jean-Marie Martin, Jacques Legoff, Pedro Meca, Abdellatif Laâbi,.Yvon Le Men, feu Paul Baudiquey...
Un domaine de 20 hectares permet d’enrichir son séjour d’activités bien terrestres liées à l’agriculture durable : parcours botanique, jardin de plantes médicinales, potager de légumes anciens... L’écrivain Christiane Singer. qui animait dernièrement un stage « Constellations familiales ». répondait à la question « Pourquoi venir à Guerveur ? » : « Je ne viens pas à Guerveur, je reviens. Guerveur est un lieu où l’on revient. »
Quelques familiers ont aussi répondu à cette question ainsi Françoise Ascal, de saint Barthélemy: On revient à Guerveur parce que la terre et le ciel, le feu et les plantes, les êtres et les livres tissent ensemble un foyer où la parole ose s’aventurer libre et fraîche.”
Charles Juliet, de Lyon: « Revenir à Guerveur, c’est retrouver la bretagne, sentir la proximité de l’océan, goûter la saveur de l’amitié. »; Isabelle Ghazani, de Brest: « Je reviendrai à Guerveur pour y vivre la grandeur de ses espaces, du silence et des tempêtes, de la luminosité et de la brume. Tout y est changeant, vaste et harmonieux. J’y reviendrai pour revivre la profondeur du lieu et des échanges entre amis, si propice à l’écoute des tressaillements de nos vies intérieures ».
Quant à Georgette et Réginald, qui en sont les permanents, recevoir des hôtes ( 25 personnes maximum ) à Guerveur, été comme hiver, c’est « entrer dans l’émerveillement de la rencontre. S’écouter, tisser des liens, marcher seul ou ensemble sur le chemin des douaniers, c’est découvrir au fil du temps, avec ceux qui reviennent, comme un esprit de parenté. »
PRATIQUE
Nombreuses propositions de week-end ou de semaines pour la saison 2005.
Sessions d’accompagnement psycho-spirituel, ateliers d’écriture, lecture de l’Évangile ou travail manuel, apprivoisement de son clown intérieur, tai-chi-chuan...
Possibilité de séjours gracieux en échange d’aide à la rénovation d’une partie des bâtiments détruits par un incendie.
Georgette Tonnelier
TéI - 02 98 26 54 83 ou 06 82 00 82 12
ou par e-mail : georgette.tonnelier@wanadoo.fr
Site de Annick de Souzenelle
Recherche sur le web concernant Annick de Souzenelle
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25 décembre 2006
Conte de Noël par Christian L’oriental
Reçu le 24 un conte qui fera frémir ceux qui ont eu la chance de faire le stage de cet été mais qui peut intéresser les autres
Kreisteiz, le centre du jour. Les petits marmitons ont soufflé fort sur le feu. Dans le chaudron, la vapeur d’eau est montée. Miasmes, petites merdes, fatras, mesquineries et gros ego ont alimenté les flammes pour arriver à ce chacun dise OUI à la vie et à soi-même. Le précieux liquide a encore monté vers le sommet de la cornue. Goutte à goutte. C’est comme le Lacrymosa du Requiem de Mozart qui coule. Un lacrymosa transcaucasien. Le creuset est chauffé au rouge. «Vououvouou», font les petits marmitons sur les braises. Face au mandala, j’ai vu le grand cerf sortir du bois, un vieux cerf, un dix cors, un vieux shaman. Il a fait le tour de Lannedern en un jour, le vieux cornu. Il a fait son territoire. Dans ses ramures, en passant au galop sous les hêtres, il a accroché une plume de pigeon.
Encore plus profond dans la grotte, j’ai senti l’eau au coin de l’œil. Ici et là les sources ont jailli, inondations printanières. On revient toujours en boucle: le temps ne finit jamais. Le cercle n’est pas parfait, c’est une spirale. «Quand on a beaucoup de feu, faut beaucoup mouiller.» Et le vieux cerf qui souriait, grommelait dans sa barbichette: «N’aie pas peur, tu es aimé profondément.»
Vous vous rappelez ? Plutôt, certains se souviennent-ils ? C’est un cerf qui m’avait visité pendant le stage d’été de l’Athanor. Et bien, il faut que je vous dise : le vieux cornu et barbichu est revenu.
Non pas que nous ne nous étions jamais rencontrés avant, mais la fréquence de nos rencontres a changé depuis que l'animal s'est dressé face à moi, faisant irruption du mandala.
Le fauve, je devrais dire - une bête comme ce dix cors, ça ne se croise pas sans qu'il vous fasse lever le poil sur les bras - le fauve m'a suivi.
Dans la semaine après le stage, un soir alors que j'allais prendre ma voiture sur un parking d'immeuble, il était là près des palmiers. De son poitrail touffu, les poils bruns tombaient en forme de cœur, comme une crinière. Tout l'avant de son corps dressé, sculptural, portait la tête fière et les bois. Je pensais à Michel Tournier et au Roi des Aulnes, quand Abel Tiffauges arpente les forêts prussiennes. Les heures sombres, quand l'ogre est le gardien de chasse d'un autre ogre encore plus démoniaque. Tournier fait un cours magistral, compare le cervidé qui porte sur l'avant du corps et le port arrière du cheval, tout en fessier.
Mais mon barbichu n'avait rien d'un "malin", rien d'ogresque. Dans le début de nuit, il faisait encore plus grand. J'ai su tout de suite que c'était lui, qu'il était là pour moi. "As-tu vu ce soir le soleil tomber dans la mer ?" m'a-t-il demandé. J'ai pas bronché, impressionné. D'un coup, il n'y avait plus personne à passer sur le parking. Nous n'étions que tous les deux. Il a ajouté, presque goguenard ,«Quand on a beaucoup de feu, faut beaucoup mouiller." Et a disparu vers les escaliers de la fontaine.
Je me suis souvenu de la phrase. Just a joke. De toutes ces choses paradoxales qui font blanc et noir, yin et yang. Que celui qui tutoie les anges connaît le diable. L'animal reprenait la conversation là où nous nous étions quittés. Ce soir là, je n'ai rien dit en rentrant chez moi. Plus tard non plus, quand il est revenu.
Peu à peu, il m'a apprivoisé. J'avais la trouille. Quand il me disait, presque se moquant de moi, «N’aie pas peur, tu es aimé profondément », il y a des fois où je paniquais, me posais des questions sur ma santé mentale.
Il n'y avait pas que cela. Peu à peu septembre et octobre ont passé. Le cerf est venu plus souvent. Parfois, je ne sentais que sa présence. Comme une odeur de forêt, de vieux mâle, de champignon, de prairie qui fume après la pluie. Parfois, il était là, près de moi, à me toucher, murmurant, ruminant ses pensées. A chaque fois, j'étais seul. Peu à peu, il a fait partie de mon paysage. Je devenais peu à peu cerf en dedans.
Pas serré en dedans. Cerf, comme les serres, quelque chose qui prend et ne lâche plus. Cerf, comme serre-moi fort. Cerf, comme cerné par quelque chose qui m'imprégnait. Petit à petit, j'ai senti mes ongles s'épaissir légèrement, la pilosité de ma poitrine s'est allongée. Au boulot, j'avais de brusque reniflement au passage des jeunes filles. Mon odorat s'affinait jusqu'à me jouer des tours : je sniffais mes confrères sans m'en rendre compte. Un soir, fatigué, les sens relâchés, j'ai frôlé l'incident. Alors que, je humais l'épaule d'une consœur, tous les deux penchés sur un écran à choisir une photo, narines ouvertes à 20 centimètres de sa peau, j'ai plongé dans sa chaleur. Ma bouche s'est ouverte légèrement. Sans les voir, l'odeur de ses seins a remonté jusqu'à moi. La belle s'est retournée brusquement. J'ai fais presque un saut. Elle m'a regardé bizarrement, moitié scandalisée, moitié émoustillée. J'ai sorti vite fait un mouchoir, ai éternué dans le papier. Prétexté un gros rhume et une malformation de la cloison nasale pour lui dire que je respirais fort. Tout simplement. N'empêche que je me sentais proche du dérapage. Qu'elle même m'avait reniflé comme un mâle. Comme un animal.
Le soir, je faisais des recherches. Cernunnos: dieu au crâne de cerf, dieu au bois de cervidé. Les érudits me le donnaient comme un dieu de la fécondité terrienne, du renouveau des forces de la nature. J'étudiais des gravures qui le représentaient assis en tailleur, la tête couverte d'une double ramure de cervidé, comme sur le chaudron d'argent de Gundestrup trouvé en 1891 au Jutland au Danemark. Pour les curieux, le chaudron est conservé au musée de Copenhague. Parfois, mon ami le cerf était accompagné d'un serpent à tête de bélier ou d'un d'un taureau, symbole de la reproduction.
Sur le chaudron de Gundestrüp, l'artiste l'a représenté avec Taranis, le dieu à la roue. Un auteur en parle ainsi : "Force est de constater qu'il est un dieu saisonnier régnant sur une partie de l'année, tandis que Taranis régit l'autre. L'un et l'autre sont les amants de la Déesse-Mère."
Pourquoi dire "force est de constater". Je cherchais, fouillais. Allais voir à nouveau la carte de Tarot numéro XI, la Force : une femme y tient ouverte la gueule d'un lion à la hauteur de son bassin. Son chapeau dessine l'infini.
Dans un autre ouvrage, Cernunnos appartenait au groupe des quatre cavaliers des saisons, en troisième position derrière Lug coiffé d'un corbeau, Teutatès surmonté d'un sanglier et avant le dieu à l'arc-en-ciel.
Quand l'hiver est arrivé, j'ai senti que j'aimais bien rester dehors alors que le froid piquait. Depuis l'été, je n'avais pas été chez le coiffeur et mes cheveux, plus longs et en boucles, partaient dans tous les sens. En pleine ville, pour peu que je ne me rase pas de la semaine, je faisais homme des bois. Mes collègues avaient arrêté de me faire des remarques sur mon comportement et mon laisser-aller pileux. Et si je bronchais sous les quolibets, ils échangeaient juste quelques sourires amusés.
Un soir, j'ai senti qu'il se passait quelque chose quand je suis arrivé au parking après le boulot. Près des palmiers, le cerf m'attendait. Il n'a rien dit, ne s'est pas moqué de mes maladresses. Lui comprenait bien que je vivais difficilement cette mue. Mon cerf avait du vieil alchimiste en lui. J'ai posé ma mallette et mon appareil photo dans la voiture. Quand je me suis retourné, en me fixant dans les yeux, il m'a demandé de l'enfourcher.
Je crois bien que depuis notre première rencontre, c'est cela que j'attendais: pouvoir monter sur son dos, près de ses épaules, accrocher sa fourrure épaisse en bas de l'encolure. Tous les deux, nous sommes allés près d'un petit mur à côté de la fontaine. Il n'a pas bougé, parallèle au muretin que j'ai escaladé. Doucement, j'ai mis mes avant-bras sur son dos, me suis soupesé contre son flanc. Il n'a pas bougé quand j'ai balancé ma jambe droite par-dessus son dos. Lentement, j'ai glissé mes bras, penché ma tête près de l'encolure pour qu'il ne me blesse pas de ses ramures. Le temps s'est arrêté.
C'est le froid qui m'a réveillé. J'avais sombré dans un brouillard. Sur le dos du cerf, mes doigts s'étaient faufilés dans la fourrure. J'avais fait corps avec la bête. Une partie de mon visage, mon nez face au vent était comme gelé. Le cerf nous conduisait au bord d'un talus, mi-soleil mi-ombre. Je n'avais presque rien vu de la nuit et ne savais pas où nous étions.
Loin des villes sûrement. Le cerf avait couru toute la nuit. Nous avions franchi plusieurs rivières. Plusieurs fois je m'étais comme réveillé et puis une force m'avait obligé à somnoler A l'aube, la bête prenait le temps. Son pas avait ralenti. Elle me donnait le droit d'être présent.
Il n'y avait personne. Quelques champs cultivés par en bas. Des roches noires et grises saillaient à l'oblique. Le terrain montait vers des champs de fougères glacées. Dans la lumière solaire toujours basse sur l'horizon, les toiles d'araignées gouttelaient. Un chemin d'homme, ou juste l'espace pour un être humain ou animal, un minuscule chemin montait vers une ligne de crête. Là enfin, j'ai deviné que nous étions dans les Monts d'Arrée, Menez Arez. Car en montant, le chemin donnait à voir plus bas le Yeun Ellez. J'ai reconnu le lac, une porte d'entrée de l'enfer. J'ai reconnu la montagne, même si jamais je ne l'avais vue de cet endroit. Autour de nous, le sol était inhospitalier. Le chemin s'était encore rétréci en montant. Le cerf posait ses sabots au milieu des pierrailles et des ajoncs piquants. Nous étions dans les Monts d'Arrée, sur la crête. Mais je ne pouvais situer sur une carte, dans mon esprit, si nous étions vers le Roch Trévezel ou le Mont Saint-Michel. Comme si les Monts des déments de l'Arrée avaient changé.
Pendant que le soleil montait, que l'eau glacée s'évaporait et dégoulinait sur le sol, le cerf a marché une bonne heure encore. Bien que le temps aussi soit devenu une chose toute relative. Nous étions partis depuis la veille au soir. Ma monture soufflait, me tenait chaud, mais ne paraissait pas faillir. Le soleil avait redonné des couleurs à mes joues. A chaque pas, je jubilais. Mes fesses me titillaient bien un peu. Mais la plénitude de l'instant l'emportait sur les désagréments. Je me sentais cavalier-cerf depuis des siècles, une éternité. Comme si tout cela avait toujours été. Comme une minute de Mozart ou de Bach. Le souffle de l'existence. La sérénité. Je chaloupais sur un fauve dans une nature sauvage. Le reste n'était que futilité.
Dans un pli de la montagne, un léger creux d'herbe a remplacé la fougères et l'ajonc. Le cerf s'est arrêté. Deux saillies schisteuses formaient une petite combe. C'était comme un jardin à l'abri de deux tours. Le cerf m’a dit de monter jusqu'à la saillie. Je me suis allongé dans le creux entre les pierres froides. Le lichen jaune et gris faisait un tapis sur la pierre, comme les petits sedum, de l'orpin blanc, qui tapissait le sol pour y accrocher un peu de terre. Les botanistes disent de l'orpin âcre qu'il vient de l'ancien monde. Ils veulent parler de l 'Europe, l'Afrique et l'Asie occidentale. Moi aussi je me suis senti d'un ancien monde, d'un monde enfoui. Au loin, très loin, j'ai vu l'église Saint-Edern. Je me suis souvenu que dans mes recherches livresques, on parlait de cette église du XVIe à cause d'une statue de cerf.
Je me suis retourné pour remercier ma monture. Le cerf avait disparu. La tête sur l'orpin blanc, j'ai vu le soleil glisser entre les deux flèches d'ardoise grise qui sortaient des entrailles de l'Arrée. Quand à midi, le soleil a été le plus haut de son plus bas de l'année, j'ai commencé de descendre la pente. Pendant une heure, il a fait presque chaud pour un solstice d'hiver.
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Pensée d'Emmanuel Lévinas
"Après vous" :
cette formule de politesse
devrait être
la plus belle définition
de notre civilisation.
Emmanuel Lévinas
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